Punitions, pénitences, peuvent apaiser l'esprit de ceux qui ont été blessés, les aider à pardonner, mais la raison d'être essentielle de ces mesures est de permettre aux coupables de sortir de l'impasse "remords" afin d'intégrer le champ des regrets qui, lui, peut être constructif.
J'ai souvent observé une confusion entre "vengeance" et "punition".
En particulier, au niveau de l'éducation des enfants, par ceux qui prônent que plutôt que de punir, il faudrait expliquer. Comme si l'alternative était obligatoire.
Expliquer n'exclue pas punir. D'ailleurs, parfois, l'enfant a très bien compris qu'il faisait une bêtise et son action a pu être la résultante de son choix.
D'autres fois, et cette excuse perdure, le fautif affirme : "Je ne l'ai pas fait exprès".
Je lui réponds: Heureusement! Si non ce serait une manifestation pathologique.
Alors, dans un contexte social où l'indulgence a parfois tendance à s'érriger en qualité de l'indulgent, en sa capacité à garder son sang froid, à pardonner, je souhaite exprimer que l'indulgence est aussi une solution de facilité.
Parfois, je reconnais que j'ai du mal à en adopter une autre. Le désagrément que je lui impose, en punissant l'enfant, je le subis également. Mais dois-je sacrifier ses droits à mon confort ?
Ses droits? Oui. Ses droits à recevoir une punition qui lui permet
- d'évaluer le malaise ou traumatisme généré par son initiative
- de créer une corrélation entre l'intérêt personnel et l'intérêt collectif
- de créer un ancrage d'expérience
- de se pardonner lui-même en accomplissant sa punition.
Et, effet induit, d'être fier de lui quand il a accompli une action qui lui pesait mais qu'il estimait être son devoir (dont ses devoirs).
Punition ou Correction ? Aussi souvent que possible, faire en sorte que la première ait pour effet la seconde et, si possible, un peu plus.
Exemple simple: Tu as renversé la bouteille: D'abord tu essuies, ensuite tu remplis la bouteille à nouveau ( si c'est possible) , ensuite tu fixes le souvenir soit par 3 minutes de silence soit en lisant un petit texte pour apprendre à centraliser ton attention (si la faute venait de ta dispersion) etc.
Et qu'en est-il des fautes des adultes, qu'elles soient dîtes volontaires ou dîtes involontaires même si les effets en sont très graves.
Leur droit à la punition n'en n'est que plus fondamental.
L'impunité fausse leur participation au sein du partenariat social.
S'en excluant, ils se sentent alors exemptés de respecter les attentes légitimes de l'Autre car, de toutes façons, par le premier pas qu'ils ont fait en dehors ils ne seront plus jamais "comme avant". Ils ont perdu leur place à jamais.
La punition doit leur permettre de retrouver une place. Une nouvelle place, sans doute, mais une place quand même.
La souffrance de leur parcours, en dehors des normes, leur donnant une valeur d'expérience, un ancrage de référence, une caractéristique acquise.
Pour eux, réparer c'est :
-leur permettre d'aider ceux qui se sont égarés, comme ils l'avaient fait eux-même, à chercher (et trouver) la sortie de leur labyrinthe. Ils sont le témoignage que c'est possible.
-ou bien de conforter dans leur démarche ceux qui sont en difficultés afin qu'ils osent choisir une voie, peut-être fatigante, mais qui leur procurera des satisfactions. Le contraire d'une stratégie de renoncement qui conduit, dans le meilleur des cas, à s'installer dans un régime de croisière, sans joie.
Le pardon n'est pas la résultante de la punition. La punition n'est pas nécessaire au pardon ... par l'autre. Elle me semble toutefois un préalable au pardon de soi ... par soi.
Alors, si vous avez le sentiment d'être un coupable impuni, choisissez-vous une punition à votre portée, réparatrice, si possible, d'une manière ou d'une autre, et accomplissez la.
La joie éprouvée vous permettra de reconnaitre que votre choix était judicieux.
Ensuite, vous pouvez perséverer mais SURTOUT pas en tant que COMPLEMENT de punition. Si la tâche que vous avez entreprise vous apporte du Bonheur, soyez conscient que ce n'est que pour cela que vous perséverez. Ne trouvez pas d'excuse à votre plaisir de reconnaître en chacun un partenaire et non plus un ennemi ou, au mieux, un concurrent.
Car notre mission de Vie correspond à nos goûts et à nos compétences.
La Vie est un excellent employeur. Elle ne nous confie que ce qu'elle sait que nous accomplirons bien, ce qui nous plait.
Mais ceci est un autre sujet... Le prochain, peut-être.